J'esperons que je m'en sortira

Pièce de théâtre adaptée et réalisée à partir de rédactions authentiques d'enfants napolitains recueillies par Marcello d'Orta, instituteur d'école primaire. Traduit de l'italien par François Aynard.

Titre original : "Io speriamo che me la cavo" - Editore Mondadori 1990 - Editions du Seuil, pour la traduction française. 1993. Jubilatoire, pleine de vitalité, crépitante d'un humour involontaire, c'est la langue universelle de l'enfance qui nous parle ici et réchauffe notre mémoire collective sur les bancs de l'école de la République. Un reportage féroce et hilarant sur la vie quotidienne de petits écoliers qui décrivent leur village d'Arzano, près de Naples, avec ses ruelles pleines de "mondices et de seringues droguées", ses maisons "déglingouillées" où les mamans se "sacrificient depuis qu'on naît ".

On y apprend que " l'effet de serre est une espèce de parapluie qui fait rebondir les rayons du soleil ", que "La reine Marie-Antoinette avait la belle vie , elle se levait à midi cinq et s'achetait les habits et les bijoux avec l'argent des impôts des pauvres ", que " la Suisse vend les armes à tout le monde pour qui se massacrent mais elle fait même pas une toute petite guerre " et que "l'homme ne descend pas du singe mais du vampire".

Des textes percutants, sensibles, qui vont droit au cœur, une gaieté désinvolte et poignante dans sa candeur sous-prolétarienne. Un message profond qui jaillit de ces petites têtes d'enfants.




Avant propos de l'auteur

« J’espérons que je m’en sortira » n’est pas seulement le titre d’un de mes livres, c’est aussi le vœu ( vœu grammaticalement incorrect ) que je m’adresse à moi-même, chaque fois qu’un traducteur, un metteur en scène, un compositeur de musique classique, une compagnie théâtrale, emprunte l’œuvre pour en faire justement une traduction, un film, une symphonie, une pièce de théâtre.


Il ne s’agit pas de méfiance à l’égard de professionnels de qualité mais de la crainte que traducteurs, metteurs en scène, compositeurs, acteurs, aussi habiles soient-ils; (par exemple Lina Wertmuller, metteur en scène célèbre dans le monde qui a signé « J’espérons que je m’en sortira » au cinéma peuvent techniquement obtenir de bons résultats sans pour autant saisir l’âme du livre.

Parce qu’au fond, il ne s’agit que de soixante rédactions d’enfants du primaire; il n’y a pas d’histoire dans le texte, il n’y a pas de personnages mais surtout et avant tout, il y a Naples, une ville qui se prête magnifiquement à l’oléographie, la réthorique, les lieux communs.

Pour beaucoup d’étrangers ( mais aussi pour nombre d’italiens du nord ), Naples, c’est essentiellement la ville de la pizza, des spaghettis, de la mandoline et naturellement de la camorra. Ainsi, c’est cette image qu’on nous donne le plus souvent, image guère différente de celle, offerte en couverture, il y a quelques années dans une revue allemande qui résumait l’Italie à ceci : un plat de spaghettis et au dessus un pistolet.

Mais les enfants d’Arzano ont voulu - bien que sans s’en rendre compte - faire place nette de tous ces clichés, se présentant comme des enfants de Naples mais en même temps, des enfants du monde parce que dans leurs rédactions, ils ont traité de sujets universels ( la faim dans le monde, le phénomène de la drogue, l’effet de serre, la guerre…) résumant la candeur, l’ironie, la passion, l’agressivité verbale de tous les enfants du monde.

Donc, représenter l’Italie et particulièrement le sud du pays, au-delà des clichés et stéréotypes, ne pas tomber dans le piège de faire de ces enfants napolitains, autant de « sciuscia » ( les petits cireurs de chaussures des soldats américains ) ou pire encore, une caricature; montrer aux spectateurs le double aspect du livre, celui humoristique et l’autre, tragique; rendre universel le message de ces élèves si profondément napolitains, était une tâche suffisamment difficile.

La Compagnie Remue-Méninges, non seulement, l’a réussi mais elle est allée bien au-delà ! Elle a su, franchement, rajouter des éléments à chacune des caractéristiques de l’œuvre, dans les idées, les trouvailles - par exemple- des bonbons distribués au public avant la lecture d’un sujet sur la drogue ( alors que quiconque se méfie d’accepter des bonbons d’inconnus ) conséquence : hilarité générale dans la salle; ou encore, dans ce dessin sur le tableau d’une maison « déglingouillée » , de l’eau qui envahit les constructions de la rue; suivent des gouttes qui descendent de deux fenêtres, on dirait des larmes de tout un village et par extension, les larmes de tout le monde pauvre qui souffre.

L’adaptation dans une vielle classe des années cinquante est une autre trouvaille géniale de la compagnie. Le maître de cette époque, tout le monde en a gardé le souvenir ( en France comme en Italie mais je crois, aussi dans le reste de l’Europe ) comme l’enseignant, par définition, à la fois instituteur sévère et affectueux, père de famille compréhensif ( ce n’est pas par hasard que sur un autre tableau, la Compagnie a souhaité inscrire une pensée de Victor Hugo qui considère le maître comme un « second père » ). Peut-être, est-ce aussi pour cela que notre acteur joue le double rôle enseignant / écolier afin de nous faire comprendre que dans un vrai maître, l’élève existe toujours, tout comme dans chaque adulte, il y a toujours un enfant qui sommeille.

Dans le cas contraire, ne croyez vous pas que la vie serait bien triste à vivre …?

Marcello D’ Orta


Spectacle de théâtre en 23 séquences